Gui | Viscum album L.

Gui – Arbuste de la lune
Nouvelle année, un nouveau cycle recommence alors tout est possible, les bonnes résolutions, on va tout déchirer, faire de notre mieux, en tous cas essayer.
Nouvelle année, c’est aussi le moment de s’embrasser, un baiser comme on veut, timide ou langoureux, mais sous une branche de gui ! Symbole de chance et de prospérité, cette tradition celte perdure encore aujourd’hui dans toute l’Europe du Nord.
Le gui (Viscum album L.), c’est aussi l’arbuste qu’on associe à la lune, parce que ses baies sont blanches et translucide comme l’astre de la nuit et qu’il forme des touffes rondes suspendues dans les arbres sans jamais toucher terre. Dépourvu de racines, il prélève son eau et ses minéraux dans la sève d’un arbre hôte, auquel il se fixe par un suçoir en forme de clou qui s’enfonce profondément dans l’écorce, sans toutefois attaquer le tissu ligneux ou décomposer le bois, même s’il en diminue la qualité. Hémiparasite, le gui contient de la chlorophylle qui lui permet quand même de fabriquer ses propres sucres par la photosynthèse. Il parasite surtout les feuillus, pommiers et peupliers ses préférés. Il est dioïque, avec des pieds à fleurs femelles et d’autres mâles, et fleurit au printemps. Après quelques années de ramifications successives, le gui devient une grosse boule verte de 50 cm à un mètre de diamètre. Les oiseaux emmènent ses graines vers d’autres arbres. Si elles tombent au sol, elles ne germeront pas. Alors pour qu’elles se fixent aux branches, le gui synthétise dans ses fruits une substance collante appelée viscine qui permet la fixation des graines sur d’autres branches. La viscine servait autrefois à faire de la glu. On se demande actuellement comment utiliser cette substance fibreuse dans le domaine biomédical car compacte et flexible, la viscine est capable d’adhérer à la peau, aux cartilages et à de nombreux matériaux synthétiques.
Le gui peut être utilisé en tisane à faible dose et avec précaution pour ses propriétés hypotensives et vasodilatatrices. Mais on ne sait pas encore quelles sont les substances exactement impliquées dans ces effets. Les tiges et les feuilles ont une composition variée, elles renferment des triterpènes comme l’acide oléanolique, des amines comme la choline, des polyphénols comme l’acide chlorogénique ou l’isorhamnétine, et surtout des protéines de très grande taille, lectines et viscotoxines. En Allemagne, des préparations à base de gui riches en lectines, sont prescrites en compléments de certains traitements anti-cancéreux, surtout pour stimuler les défenses immunitaires. Mais cet usage est très peu reconnu en France. La toxicité des viscotoxines ne doit pas être négligée.
Les préparations à base de gui n’ont pas toujours la même composition selon les récoltes, surtout en fonction des espèces d’arbres parasités, ce qui peut faire bouger les propriétés recherchées. Et comme si ce n’était pas assez compliqué, il semblerait que la composition de l’arbre parasité soit elle aussi impactée par la présence du gui. Il a été observé par exemple que les polyphénols du peuplier sont plus abondants dans des branches parasitées que dans des branches saines, suggérant que l’arbre parasité adapte son métabolisme pour se défendre.
Il faudra encore de nombreuses nouvelles années à s’embrasser sous le gui avant de comprendre ces interactions, ces profils chimiques et leurs activités…
Viscum album L. (Santalaceae)
